Air Sénégal affrète un A330 sur son Dakar-Paris

Airbus A330 par Air Sénégal sur la liaison Dakar-Paris :
Pour pallier les contraintes opérationnelles sur sa ligne phare reliant Dakar à Paris, la compagnie nationale Air Sénégal a eu recours à l’affrètement d’un Airbus A330. Cette mesure vise à assurer la continuité et la régularité du service sur cet axe stratégique .
SENEGAL : Air Sénégal affrète un A330 sur Dakar-Paris, un choix contraint qui révèle la crise de sa flotte long-courrier
Privée de ses deux Airbus A330-900neo immobilisés dans un contentieux financier, Air Sénégal est contrainte de maintenir sa ligne stratégique Dakar-Paris (HC403/404) en affrètement ACMI. Une solution d’urgence qui illustre les tensions opérationnelles et financières du pavillon national.
Une ligne vitale maintenue en ACMI
Depuis janvier 2026, la liaison quotidienne entre l’Aéroport International Blaise Diagne (DSS) et Paris CDG est assurée par un appareil loué. Après un Boeing 777-200ER de MyWay Airlines, compagnie privée géorgienne, la compagnie sénégalaise recourt désormais à un Airbus A330 affrété avec équipage étranger pour préserver ses créneaux à Roissy.
Ce recours à l’ACMI (Aircraft, Crew, Maintenance, Insurance) n’est pas nouveau pour Air Sénégal. Dès 2019, lors du lancement de la ligne, la compagnie opérait avec un A340-300 loué chez Hi Fly Malta, avant l’arrivée de ses A330neo « Casamance » (9H-SZN puis 6V-ANB).
Le nœud du problème : deux A330neo cloués au sol
Selon les informations confirmées par la presse sénégalaise début octobre 2026, les deux A330-900neo, acquis via un montage financier impliquant Banco Santander (70% financé) et une garantie souveraine du Sénégal, font l’objet d’un litige avec la société de leasing Casamance Owner. Air Sénégal revendique avoir payé 30% et remboursé plus de 50% des emprunts, mais la restitution des appareils a été actée après des taux de disponibilité critiques (47% pour le 6V-AMA, 12% pour le 6V-AMB selon Confidentiel Afrique).
Conséquence : quatre Airbus A319/A321 de la flotte moyen-courrier ont également été saisis en 2025 pour loyers impayés, obligeant la compagnie à réduire ses capacités et même à opérer temporairement Paris en Boeing 737-800 loué.
L’affaire des équipages qui a accéléré l’affrètement
La décision d’externaliser totalement la ligne Dakar-Paris a été accélérée le 17 septembre 2026 par la suspension de l’ensemble du personnel navigant commercial affecté à l’axe. Air Sénégal évoque une enquête interne sur des soupçons de convoyage rémunéré de colis (« GP »), avec des montants allant jusqu’à 15 euros/kg, et la découverte d’une substance suspecte dans un pot de lait transporté par une hôtesse. Interpol mène une enquête distincte.
Pour assurer la continuité, MyWay Airlines fournit appareil et équipage, une pratique qui dégrade l’expérience « Esprit Teranga » vendue par la compagnie.
Enjeux pour le marché ouest-africain
Pour Dakar : l’affrètement d’un A330 coûte entre 450.000 et 650.000 USD par mois en ACMI, soit 2 à 3 fois le coût d’exploitation en propre. Un modèle insoutenable qui fragilise le hub de Diass face à Abidjan et Lomé.
Pour les investisseurs : malgré la commande de 9 Boeing 737 MAX annoncée au Dubai Airshow 2025 en présence du ministre Yankhoba Diémé, la crédibilité financière d’Air Sénégal reste entamée. Le litige Carlyle/Casamance Owner est scruté par les loueurs comme AerCap et Carlyle Aviation.
Pour les passagers : les annulations en série du 3-4 octobre 2026 à AIBD (vols Paris et Abidjan) avec passagers dormant à même le sol, confirment une crise opérationnelle profonde.
Perspective
L’affrètement d’un A330 sur Dakar-Paris n’est pas un choix stratégique mais une rustine. Tant que le contentieux sur les deux A330neo n’est pas soldé et que la flotte A320 n’est pas sécurisée, Air Sénégal restera dépendante du marché spot ACMI, au détriment de sa rentabilité et de son image de pavillon national. La prochaine étape sera déterminante : finaliser la restructuration de sa dette et stabiliser une flotte long-courrier propre d’ici fin 2026.

