South African Airways relance la course à la direction générale sur fond d’instabilité managériale

South African Airways a ouvert le 23 août 2026 le recrutement de son futur Group CEO permanent, quatre mois après le départ du Professeur John Lamola. Au-delà du simple processus RH, cette recherche cristallise les tensions entre stabilité de gouvernance, poursuite du plan de relance et pressions actionnariales sur le transporteur détenu par l’État sud-africain.
Une vacance qui prolonge une séquence de turbulences
SAA a publié une annonce de recrutement dans la presse sud-africaine le 23 août 2026, avec une clôture des candidatures fixée au 6 septembre. Le poste est vacant depuis la fin avril 2026, date à laquelle le Professeur John Lamola a quitté ses fonctions de Group CEO après près de quatre ans à la tête de la compagnie, dont deux ans en poste opérationnel effectif depuis mai 2022.
Cette vacance s’inscrit dans une séquence de mouvements de gouvernance plus large : trois administrateurs non exécutifs ont également démissionné pour des raisons diverses, et la directrice financière par intérim a quitté ses fonctions peu avant la clôture de l’exercice. Depuis mai 2026, c’est Matshela Seshibe, jusque-là CEO de la filiale restauration Air Chefs, qui assure l’intérim à la tête du groupe.
Un bilan de relance à consolider
Le départ de Lamola intervient à un moment charnière du redressement de SAA. Sous sa direction, la flotte est passée de 5 à 19 appareils et le réseau de 6 à 17 destinations, avec la réintroduction de lignes internationales vers São Paulo et Perth. Le transporteur a également renoué avec un résultat net positif, affichant un bénéfice de 155 millions de rands sur un chiffre d’affaires de 8,8 milliards de rands en 2025.
Ce redressement s’est opéré dans un contexte particulièrement défavorable : sortie de procédure de business rescue, séquelles de la pandémie, puis pressions récentes liées à la hausse des coûts du carburant, elle-même alimentée par les tensions géopolitiques affectant l’espace aérien au Moyen-Orient. La solidité de ce bilan constitue à la fois un argument de recrutement pour attirer un profil de haut niveau et une contrainte : le successeur devra démontrer sa capacité à poursuivre cette trajectoire sans rupture.
Un précédent qui pèse sur le processus de sélection
Le mode de nomination du prochain CEO fait déjà l’objet d’un examen attentif, en raison des circonstances entourant l’arrivée de Lamola lui-même à ce poste. Le conseil d’administration avait alors présélectionné plusieurs candidats, dont Allan Kilavuka, ancien Group CEO de Kenya Airways, identifié comme candidat préféré du board. C’est pourtant la ministre des Transports, Barbara Creecy, agissant en qualité de représentante de l’actionnaire, qui avait exercé son pouvoir de décision finale pour confirmer Lamola au poste permanent, en s’appuyant sur sa performance en tant que CEO par intérim depuis 2022.
Ce précédent illustre une caractéristique structurelle de la gouvernance de SAA : bien que le conseil d’administration conduise le processus de sélection, la décision finale reste entre les mains de l’État actionnaire. Un nouveau board, aux compétences élargies en aviation, gestion aéroportuaire, logistique et finances publiques, a par ailleurs été nommé par le Cabinet en août 2025 — un signal de volonté de renforcement de la supervision institutionnelle avant même l’ouverture de cette recherche.
Ce que le choix du successeur signale pour le marché
Le profil retenu sera scruté par plusieurs catégories d’acteurs. Pour l’État sud-africain, actionnaire unique, l’enjeu est de sécuriser la trajectoire de rentabilité retrouvée sans réintroduire d’instabilité de gouvernance, alors que SAA reste un actif stratégique et sensible politiquement. Pour les compagnies partenaires au sein de Star Alliance et les marchés régionaux desservis par SAA, la continuité opérationnelle et la poursuite de l’expansion réseau constituent la principale attente. Pour les investisseurs et prêteurs potentiels, la nomination d’un dirigeant expérimenté, si possible issu du secteur — à l’image du profil Kilavuka déjà envisagé en 2022 — enverrait un signal de crédibilité renforcée dans un contexte de recapitalisation encore fragile pour plusieurs transporteurs africains.
Perspective
Ce recrutement dépasse la simple question managériale : il pose la question de la capacité de SAA à stabiliser sa gouvernance dans la durée, condition nécessaire pour transformer un redressement opérationnel réel en position concurrentielle pérenne face à des rivaux régionaux tels qu’Ethiopian Airlines ou Kenya Airways. Le risque principal reste celui d’un nouvel épisode d’ingérence actionnariale dans le processus de sélection, susceptible de fragiliser la confiance des partenaires industriels et financiers au moment même où le transporteur cherche à consolider ses gains.

