Cameroun–Libye : Yaoundé et Tripoli envisagent la relance des liaisons aériennes

Cameroun–Libye : Yaoundé et Tripoli envisagent la relance des liaisons aériennes

Le Cameroun et la Libye souhaitent réactiver leur coopération dans le transport aérien, avec pour objectif de renforcer la mobilité entre les deux pays et de soutenir les échanges économiques. Lors d’une rencontre tenue le 23 septembre 2026 à Yaoundé, les autorités camerounaises et une délégation libyenne ont évoqué la reprise des liaisons aériennes bilatérales. La prochaine étape doit consister à examiner les conditions techniques, réglementaires et commerciales nécessaires à une éventuelle remise en service.

Une coopération aérienne à remettre sur les rails

Le ministre camerounais des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehè, a reçu à Yaoundé une délégation libyenne conduite par le chargé d’affaires de l’ambassade de Libye au Cameroun.

Au centre des discussions : l’avenir de la coopération dans le secteur des transports, avec un accent particulier sur le transport aérien. La partie libyenne a exprimé son intérêt pour la réactivation des liaisons aériennes entre les deux pays, une initiative qui pourrait améliorer la connectivité directe entre l’Afrique centrale et l’Afrique du Nord.

Cette démarche intervient alors que le Cameroun dispose déjà d’un cadre juridique bilatéral dans le domaine du transport aérien. Une convention entre les deux pays, signée à Tripoli en mars 2006, établit notamment les principes relatifs aux droits de trafic, à la désignation des transporteurs, aux autorisations d’exploitation, à la sécurité et aux horaires de services.

La question centrale : transformer l’accord en service aérien effectif

La réactivation d’une liaison internationale ne dépend toutefois pas uniquement de l’existence d’un accord bilatéral.

Les autorités devront notamment examiner les droits de trafic effectivement disponibles, les transporteurs susceptibles d’être désignés, les fréquences, les capacités offertes, les autorisations réglementaires ainsi que les conditions économiques d’exploitation.

Le cadre bilatéral de 2006 prévoit précisément des mécanismes concernant la désignation des compagnies, les autorisations d’exploitation et la transmission des programmes de vols aux autorités aéronautiques.

Le projet annoncé se situe donc davantage dans une phase de relance institutionnelle et technique que dans celle d’une reprise immédiate des vols.

Un axe potentiel entre Afrique centrale et Afrique du Nord

Une liaison directe entre le Cameroun et la Libye pourrait présenter un intérêt au-delà du seul transport de passagers.

Pour les entreprises, une meilleure connectivité aérienne peut faciliter les déplacements professionnels, les échanges commerciaux et les relations entre opérateurs économiques. Elle peut également créer des possibilités supplémentaires pour le transport de fret à haute valeur ou nécessitant des délais courts.

Pour les voyageurs, la connexion pourrait offrir une alternative aux itinéraires passant par d’autres plateformes africaines ou internationales.

L’intérêt économique réel dépendra néanmoins de la demande disponible, du niveau des tarifs, des fréquences proposées et de la capacité des compagnies à assurer une exploitation régulière et viable.

Un enjeu pour les compagnies aériennes

Pour les transporteurs, l’ouverture ou la réouverture d’une liaison entre les deux marchés devra être évaluée à partir de plusieurs paramètres : taille du marché, trafic point-à-point, potentiel de correspondances, coûts opérationnels et perspectives de remplissage.

La Libye dispose par ailleurs d’acteurs actifs dans le transport aérien international. La compagnie Fly Tripoli indique notamment proposer des services internationaux et des solutions liées au transport de passagers et au fret.

Côté camerounais, la question de la compagnie susceptible d’exploiter une éventuelle liaison reste à déterminer. Le choix du ou des transporteurs désignés constituera donc l’un des éléments importants des discussions techniques à venir.

Des groupes de travail pour identifier les préalables

Pour passer du principe politique à un projet opérationnel, le ministère camerounais des Transports a proposé la création de groupes de travail techniques associant les administrations compétentes.

L’objectif serait d’examiner les différents préalables à la reprise des liaisons, d’identifier les contraintes éventuelles et de définir les modalités de mise en œuvre.

Cette approche est cohérente avec la pratique internationale du transport aérien : avant le lancement d’une nouvelle route, les autorités doivent généralement coordonner les questions de droits de trafic, de sécurité, de sûreté, d’immigration, de douane, d’infrastructures et d’autorisation des opérateurs.

La Libyan Civil Aviation Authority dispose elle-même d’une structure dédiée aux accords bilatéraux et internationaux, chargée notamment de préparer et de suivre les accords de transport aérien ainsi que les arrangements avec les compagnies étrangères.

Pour les aéroports, un potentiel de trafic supplémentaire

Une reprise des liaisons créerait également des enjeux pour les plateformes aéroportuaires concernées.

Au Cameroun, Yaoundé-Nsimalen et Douala pourraient être concernés selon le modèle de desserte finalement retenu. Une nouvelle liaison internationale peut générer des revenus liés aux redevances aéronautiques et aéroportuaires, mais aussi stimuler les activités périphériques : assistance en escale, restauration, transport terrestre, services aux passagers et fret.

L’impact dépendrait toutefois du niveau de trafic effectivement généré. Une route internationale ne devient durable que si la demande permet de couvrir les coûts d’exploitation tout en offrant des conditions économiques acceptables au transporteur.

Un projet qui s’inscrit dans la dynamique de coopération Sud-Sud

Au-delà de la dimension diplomatique, la relance envisagée intervient dans un contexte où les États africains cherchent à renforcer les connexions intra-africaines et à réduire certaines ruptures de connectivité entre régions.

Pour le Cameroun, l’enjeu est notamment de renforcer ses connexions avec les marchés d’Afrique du Nord. Pour la Libye, une liaison vers l’Afrique centrale pourrait élargir son réseau de relations aériennes et économiques au sud du Sahara.

La concrétisation du projet devra néanmoins tenir compte des contraintes opérationnelles et du contexte sécuritaire, éléments particulièrement importants pour toute compagnie envisageant d’engager durablement des capacités sur une nouvelle route.

Prochaine étape : passer de l’intention à la faisabilité

La rencontre du 23 septembre constitue avant tout un point de départ pour une relance technique de la coopération aérienne. La mise en place annoncée de groupes de travail permettra de déterminer si les conditions réglementaires, opérationnelles et commerciales sont réunies pour une reprise effective.

Pour les compagnies aériennes et les investisseurs, les prochains signaux à surveiller seront donc les décisions relatives aux droits de trafic, à la désignation des transporteurs, aux fréquences, aux aéroports desservis et au calendrier éventuel de lancement.

Si ces conditions sont réunies, la réactivation de l’axe Cameroun–Libye pourrait contribuer à renforcer la connectivité entre l’Afrique centrale et l’Afrique du Nord. Mais sa viabilité dépendra surtout de la capacité des deux parties à transformer l’accord institutionnel en une liaison répondant à une demande commerciale suffisamment solide.