Sécurité aérienne en Afrique : l’IATA renforce la formation des professionnels

L’Association du transport aérien international (IATA) intensifie son programme de renforcement des compétences en sécurité aérienne sur le continent. Lancée à Nairobi dans le cadre de Focus Africa, cette série d’ateliers et de webinaires intervient alors que l’Afrique améliore son bilan, mais conserve le taux d’accidents le plus élevé des grandes régions suivies par l’organisation.
Une amélioration réelle, mais encore insuffisante
La sécurité aérienne africaine connaît une évolution contrastée.
Selon le bilan 2025 de l’IATA, le taux d’accidents des transporteurs africains est passé de 12,13 accidents par million de secteurs en 2024 à 7,86 en 2025. Le résultat est également inférieur à la moyenne des cinq dernières années, établie à 9,37.
Cette progression constitue un signal encourageant. Mais elle ne permet pas encore de considérer le problème comme résolu.
À l’échelle mondiale, le taux d’accidents s’est établi à 1,32 par million de secteurs en 2025, contre 7,86 pour l’Afrique. Le continent reste ainsi en retrait par rapport aux autres régions.
Autre élément à surveiller : le risque de décès, nul en 2024 pour les opérateurs africains, est remonté à 2,19 en 2025. L’IATA indique également que les sorties de piste ont figuré parmi les principaux types d’accidents enregistrés dans la région.
Le message est donc clair : les progrès existent, mais ils doivent être consolidés.
Le CASIP mise sur les compétences et le partage d’expérience
C’est dans ce contexte que l’IATA déploie de nouveaux ateliers consacrés à la sécurité dans le cadre du Collaborative Aviation Safety Improvement Program (CASIP).
Créé en 2023 dans le pilier « Sécurité » de l’initiative Focus Africa, le CASIP rassemble des compagnies aériennes, des autorités de régulation, des organisations internationales et des acteurs industriels autour d’actions ciblées visant à améliorer les performances de sécurité.
Le programme ne repose pas uniquement sur la formation théorique. L’objectif est également de diffuser des méthodes opérationnelles, d’améliorer la gestion des risques et de favoriser une utilisation plus systématique des données de sécurité.
Le premier atelier de cette nouvelle série s’est tenu à Nairobi et portait sur les Systèmes de gestion de la sécurité (SMS). L’activité a bénéficié du concours de Boeing, Kenya Airways et de la Fédération internationale des associations de pilotes de ligne (IFALPA).
Des formations consacrées à des risques très concrets
Le calendrier annoncé montre que les organisateurs veulent couvrir plusieurs dimensions de la sécurité aérienne.
Les prochaines activités prévues comprennent notamment :
- Août : gestion des risques liés aux opérations au sol ;
- Septembre : sensibilisation aux risques associés aux débris spatiaux ;
- Octobre : atelier consacré à la sécurité des pistes ;
- Novembre : sensibilisation aux interférences radioélectriques susceptibles d’affecter les systèmes GNSS.
Cette programmation traduit une évolution importante dans la manière d’aborder la sécurité aérienne.
Les risques ne se limitent plus aux seules opérations en vol. La sécurité dépend aussi de la qualité des opérations au sol, de la fiabilité des infrastructures, de la gestion des pistes et de la résilience des systèmes de navigation.
Un problème qui dépasse les compagnies aériennes
La sécurité des vols ne relève pas uniquement de la responsabilité des transporteurs.
Elle dépend également de la capacité des États à appliquer les normes internationales, de l’efficacité des autorités de supervision, de la qualité des enquêtes après accident et de la disponibilité des données permettant d’identifier les risques avant qu’ils ne deviennent des accidents.
Sur ce terrain, les difficultés restent importantes.
L’IATA estime que la mise en œuvre effective des normes et pratiques recommandées de l’OACI dans 46 des 48 États d’Afrique subsaharienne étudiés atteint 60,34 %, contre une moyenne mondiale de 69,46 % et un objectif mondial de 75 %.
Les enquêtes sur les accidents constituent également un point sensible. Entre 2019 et 2023, seulement 19 % des rapports d’accidents en Afrique avaient été finalisés, contre 63 % au niveau mondial, selon les données citées par l’IATA.
Ces chiffres montrent pourquoi la formation ne peut être considérée comme une action isolée. Elle doit s’inscrire dans une chaîne plus large : réglementation, supervision, collecte de données, enquête, correction des insuffisances et suivi des résultats.
Un effort collectif pour une aviation africaine plus sûre
Le CASIP réunit un éventail particulièrement large d’acteurs du secteur.
Parmi eux figurent la Commission africaine de l’aviation civile (AFCAC), l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA), Airbus, Boeing, Kenya Airways, la CANSO, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA), la Federal Aviation Administration américaine (FAA), l’OACI et l’IFALPA.
Cette coopération répond à une réalité du transport aérien africain : les frontières nationales ne correspondent pas aux risques opérationnels.
Un avion peut être immatriculé dans un pays, exploité par une compagnie d’un autre État et traverser plusieurs espaces aériens au cours d’un même trajet. Les standards de sécurité et les capacités de supervision doivent donc être suffisamment cohérents pour éviter que les différences entre pays ne deviennent des failles dans la chaîne de sécurité.
Pourquoi c’est important pour l’Afrique
L’enjeu dépasse largement la sécurité des passagers.
Une aviation plus sûre contribue à renforcer la confiance dans le transport aérien, à améliorer la connectivité entre les marchés africains et à soutenir les échanges commerciaux, le tourisme et la mobilité professionnelle.
L’IATA présente d’ailleurs Focus Africa comme une initiative destinée à répondre à plusieurs obstacles structurels du transport aérien continental, parmi lesquels la sécurité, les infrastructures, la connectivité, le financement et les compétences.
La question des compétences est particulièrement stratégique. La croissance future du transport aérien africain nécessitera non seulement davantage d’avions et d’infrastructures, mais aussi des professionnels capables de gérer des opérations de plus en plus complexes.
Ce qu’il faut retenir
Trois enseignements ressortent de cette initiative :
1. L’Afrique progresse.
Le taux d’accidents a nettement diminué en 2025 par rapport à 2024.
2. L’écart avec le reste du monde reste important.
Avec 7,86 accidents par million de secteurs, l’Afrique demeure la région présentant le taux le plus élevé dans les statistiques de l’IATA.
3. La prochaine étape est celle de la consolidation.
La formation, l’application des normes, la qualité des enquêtes et l’utilisation des données devront progresser simultanément pour transformer les améliorations ponctuelles en tendance durable.
Une étape supplémentaire dans Focus Africa
Cette nouvelle série d’ateliers s’inscrit dans une stratégie plus large de l’IATA pour accompagner la transformation du transport aérien africain.
Lors de l’édition 2026 de Focus Africa, organisée à Addis-Abeba en avril, la sécurité, la connectivité et l’efficacité opérationnelle figuraient parmi les priorités affichées pour le secteur. L’IATA souligne notamment que le continent doit répondre à une croissance attendue de la demande tout en améliorant ses performances opérationnelles.
La réussite du CASIP dépendra donc moins du nombre d’ateliers organisés que de leur capacité à produire des changements mesurables dans les pratiques des compagnies, des autorités et des infrastructures aéroportuaires.
Pour l’aviation africaine, le véritable défi est désormais de transformer l’amélioration enregistrée en 2025 en une progression durable. Les prochains mois permettront de voir si la coopération entre les différents acteurs du secteur parvient à réduire davantage les risques et à rapprocher les performances africaines des standards internationaux.
source : Le rapport de sécurité 2025 de l’IATA.

