Namibie: justice tranche en faveur de Puma Energy dans la bataille du carburant aviation, mais la guerre du tender continue

La Haute Cour de Namibie a ordonné à la société publique Namibia Airports Company (NAC) de laisser Puma Energy reprendre ses opérations d’avitaillement à l’aéroport d’Eros et à l’aéroport international Andimba Toivo ya Toivo. Une clarification judiciaire qui ne règle pourtant pas le fond du litige : l’attribution contestée du marché de fourniture de carburant aviation, toujours pendante devant la Cour suprême. Décryptage d’un contentieux qui interroge la sécurité juridique des concessions aéroportuaires sur le continent.

Un feuilleton judiciaire aux enjeux opérationnels immédiats

Le différend remonte à mars 2026, lorsque la NAC a évincé Puma Energy des zones opérationnelles des deux aéroports namibiens, l’empêchant physiquement d’assurer l’avitaillement des aéronefs. Saisie en urgence, la Haute Cour avait ordonné le 2 avril 2026 la restitution de la possession des installations à Puma Energy. La NAC s’était exécutée sur le plan matériel, tout en maintenant que cet ordre ne l’obligeait pas à autoriser la reprise effective de l’activité commerciale de fourniture de kérosène. C’est cette lecture restrictive que le juge suppléant James Devittie vient de désavouer, précisant que la restauration de la possession emportait nécessairement celle du droit d’exploiter.

Ce nouvel épisode illustre une caractéristique récurrente des litiges aéroportuaires en Afrique australe : la porosité entre les questions de possession matérielle et les droits d’exploitation commerciale, qui peut paralyser des mois durant des services critiques comme l’avitaillement.

Un contentieux structurel autour de l’attribution du marché

Au-delà de cet épisode de spoliation, le cœur du différend reste l’attribution du marché d’avitaillement, évalué à environ 222 millions de dollars namibiens, que la NAC a confié en 2022 à Central Oil Namibia au détriment de Puma Energy, opérateur historique sur ces deux plateformes. Puma Energy conteste cette décision devant la Cour suprême, invoquant un non-respect de la loi namibienne sur les marchés publics (Public Procurement Act de 2015). Cette procédure d’appel reste à ce jour non tranchée, ce qui explique pourquoi la NAC n’a toujours pas formalisé de contrat avec Central Oil Namibia, plusieurs années après l’attribution initiale.

Cette situation prolongée d’incertitude contractuelle illustre les tensions propres aux marchés régulés de services aéroportuaires essentiels, où la contestation juridique d’un appel d’offres peut geler durablement la relation entre autorité aéroportuaire et opérateur, au risque de fragiliser la continuité opérationnelle.

Des impacts qui dépassent le cas namibien

Pour la NAC et les autorités aéroportuaires, l’affaire illustre le risque juridique et réputationnel attaché à toute procédure d’attribution contestée dans un secteur où la continuité de service — ici l’avitaillement des vols domestiques et commerciaux — ne souffre aucune interruption. Une décision de justice défavorable, même partielle, expose l’opérateur public à des recours répétés et à un climat d’insécurité contractuelle vis-à-vis de ses futurs partenaires.

Pour les opérateurs pétroliers et énergétiques présents sur le continent, ce dossier rappelle l’importance de sécuriser juridiquement les contrats de concession dans les infrastructures critiques, particulièrement dans un contexte où plusieurs États africains cherchent à diversifier leurs fournisseurs de carburant aviation, parfois au prix d’une remise en cause de positions historiquement dominantes.

Pour les compagnies aériennes et les usagers, l’enjeu est plus direct : toute interruption ou incertitude sur l’approvisionnement en Jet A-1 ou Avgas peut se traduire par des retards, voire des annulations de vols, sur des aéroports qui desservent des liaisons domestiques essentielles à la connectivité intérieure namibienne.

Pour les investisseurs, ce type de contentieux souligne un facteur de risque souvent sous-estimé dans l’évaluation des marchés d’infrastructures aéroportuaires africaines : la lenteur des procédures judiciaires locales et leur capacité à figer, parfois pendant plusieurs années, l’exécution de contrats pourtant formellement attribués.

Perspective : vers une clarification durable des concessions d’avitaillement ?

Ce dossier namibien s’inscrit dans une tendance plus large observée sur le continent, où la libéralisation progressive des services d’avitaillement aéroportuaire s’accompagne fréquemment de contentieux liés à la régularité des procédures d’appel d’offres. Tant que la Cour suprême namibienne n’aura pas statué sur le fond, l’incertitude persistera sur l’identité du fournisseur définitif d’avitaillement à Eros et à Andimba Toivo ya Toivo — un facteur de risque que les autorités aéroportuaires africaines, engagées dans des réformes de gouvernance de leurs infrastructures, devront apprendre à anticiper pour préserver à la fois l’attractivité de leurs marchés et la fiabilité opérationnelle de leurs aéroports.