Cameroun-Libye : vers une relance stratégique des liaisons aériennes interrégionales
Yaoundé et Tripoli posent les jalons d’une réouverture de leur couloir aérien bilateral. Au-delà de l’enjeu de connectivité directe entre l’Afrique centrale et l’Afrique du Nord, cette initiative illustre la volonté des deux États de stimuler le commerce intra-africain et la mobilité des investisseurs, dans un marché régional en phase de restructuration.
Une concertation institutionnelle pour structurer la reprise
À la suite des récents échanges bilatéraux à Yaoundé entre le ministre camerounais des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehè, et l’ambassadeur de Libye, Adel Shawi, les deux parties ont convenu d’instaurer des groupes de travail techniques conjoints. Ces experts auront pour mission de fixer le cadre opérationnel, d’évaluer les prérequis de sécurité et de viabilité commerciale, et d’établir une feuille de route préalable à la reprise effective des vols.
Cette démarche partenariale s’inscrit dans une dynamique de renforcement de la coopération Sud-Sud, visant à rétablir des flux directs autrefois interrompus par les instabilités politiques et géopolitiques régionales.
Enjeux économiques et sécuritaires du couloir Yaoundé-Tripoli
Pour le Cameroun comme pour la Libye, le rétablissement de cette desserte dépasse le simple cadre du transport de passagers :
-
Dynamisation des flux d’affaires : En réduisant les temps de transit et les coûts d’itinéraires indirects (souvent routed via des hubs tiers au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord), cette ligne directe vise à fluidifier les déplacements des opérateurs économiques et des investisseurs.
-
Accès aux opportunités de reconstruction : Pour les acteurs camerounais et d’Afrique centrale, la Libye représente un marché potentiel en matière de commerce et de services, en dépit d’un environnement sécuritaire qui impose une gestion stricte des risques opérationnels et de conformité.
-
Modèle d’exploitation et choix des pavillons : L’un des points d’attention majeurs pour les comités techniques sera d’identifier les transporteurs en capacité d’opérer la ligne — qu’il s’agisse de la compagnie nationale Camair-Co ou de pavillons libyens — et de déterminer un modèle d’accord de partage de codes ou de fréquences pérenne.
Impact marché et perspectives pour le réseau transsaharien
La concrétisation de cet accord constituerait un signal positif pour l’intégration du réseau aérien transsaharien, encore largement fragmenté. Elle viendrait renforcer la connectivité entre le bloc de la CEMAC et l’Afrique du Nord, un axe souvent sous-exploité au profit des routes intercontinentales.
Toutefois, la pérennité de cette liaison dépendra de plusieurs facteurs critiques : l’harmonisation des standards de sûreté aéroportuaire, la rentabilité commerciale face au coût du carburant d’aviation, et la capacité des gouvernements à accélérer la mise en œuvre des principes du Marche Unique du Transport Aérien en Afrique (MUTAA). Si ces verrous techniques sont levés, la route Cameroun-Libye pourrait servir de catalyseur pour de nouvelles alliances régionales de point à point.

