Namibie : la bataille du carburant aviation entre Puma Energy et NAC illustre les tensions autour des marchés publics aéroportuaires en Afrique australe

La justice namibienne a tranché en faveur de Puma Energy dans le contentieux qui l’oppose à la Namibia Airports Company (NAC) sur l’accès aux infrastructures de ravitaillement des aéroports d’Eros et d’Andimba Toivo ya Toivo. Si cette décision restaure temporairement l’opérateur pétrolier dans ses installations, le litige de fond sur l’attribution du marché de carburant aviation reste pendant devant la Cour suprême, prolongeant une incertitude qui pèse sur la stabilité opérationnelle du secteur aérien namibien.
Un différend né d’un appel d’offres contesté
Le litige trouve son origine dans l’attribution, en janvier 2022, du marché de fourniture de carburant aviation des aéroports d’Eros et d’Andimba Toivo ya Toivo à Central Oil Namibia, pour un montant évalué à 222 millions de dollars namibiens. Puma Energy Namibia, opérateur historique sur ces plateformes, avait contesté cette décision devant la Haute Cour, estimant que la NAC n’avait pas respecté les procédures prévues par la loi namibienne sur les marchés publics , arguant notamment que le seuil de la transaction imposait un examen par le Central Procurement Board plutôt qu’une attribution directe par la NAC.
Débouté en première instance, Puma Energy a porté l’affaire devant la Cour suprême sous le numéro SA 19/2024, où l’appel demeure à ce jour non tranché sur le fond , la NAC ayant néanmoins accepté, dans l’intervalle, de continuer à confier la distribution du carburant à Puma Energy en attendant l’issue de la procédure. Web
L’escalade opérationnelle de janvier 2026
La situation a connu un basculement en janvier 2026, lorsque la NAC a mis fin de manière unilatérale à cet arrangement transitoire. Le personnel de Puma Energy s’est vu interdire l’accès aux zones de ravitaillement des aéroports d’Eros et d’Ondangwa, avec pose de cadenas et déploiement de personnel de sécurité pour empêcher toute reprise d’activité. Cette mesure a conduit Puma Energy à saisir en urgence la Haute Cour, invoquant une action de spoliation et réclamant la restitution immédiate de l’accès aux tarmacs, voies de circulation, réservoirs et bureaux qu’elle occupait jusqu’alors. Web
La juridiction a fait droit à cette demande le 2 avril 2026, ordonnant à la NAC de restituer à Puma Energy la possession des installations concernées. Un différend d’interprétation a néanmoins persisté : la NAC estimait que cette ordonnance ne l’obligeait qu’à restituer l’accès physique aux lieux, sans pour autant autoriser la reprise des activités de ravitaillement proprement dites. Un jugement complémentaire rendu récemment par la Haute Cour a clarifié ce point, confirmant que l’ordre de restitution emportait bien le droit, pour Puma Energy, de reprendre effectivement son activité de fourniture de carburant sur les deux plateformes.
Un contentieux qui dépasse le seul cadre juridique
Cette affaire namibienne s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition du marché africain du carburant aviation, où Puma Energy occupe une position dominante historique dans plusieurs pays d’Afrique australe — Namibie, Botswana, Zambie, Mozambique, Eswatini — tout en faisant l’objet de contrôles réguliers de la part des autorités de concurrence locales. La Namibian Competition Commission avait déjà, par le passé, examiné des allégations de prix excessifs pratiqués par l’opérateur sur le segment aviation, signe d’une vigilance réglementaire durable autour de sa position de marché.
Pour les États et les gestionnaires d’aéroports, ce type de contentieux met en lumière la fragilité des procédures de passation de marchés dans un secteur où la continuité de service est critique : toute interruption, même temporaire, de l’approvisionnement en Jet A-1 ou en Avgas expose directement les compagnies aériennes opérant des vols domestiques et régionaux à un risque de perturbation opérationnelle. Pour les investisseurs et opérateurs pétroliers présents sur le continent, l’affaire illustre également les risques juridiques associés aux marchés de fourniture aéroportuaire, où la victoire d’un appel d’offres ne garantit pas nécessairement une prise de fonction effective si les procédures de passation sont contestées.
Perspectives : vers une clarification durable des règles du jeu ?
Le fond du dossier — l’attribution définitive du marché de carburant aviation à Eros et Andimba Toivo ya Toivo — reste suspendu à la décision de la Cour suprême, dont la date d’audience n’a pas encore été fixée. Au-delà du cas namibien, ce contentieux pose une question structurelle pour l’ensemble du secteur aéroportuaire africain : celle de la robustesse des cadres de passation des marchés publics dans un domaine où la sécurité d’approvisionnement énergétique conditionne directement la fiabilité du transport aérien. Dans un contexte où plusieurs marchés d’Afrique australe voient converger les ambitions de grands groupes pétroliers internationaux vers le segment aviation, la manière dont les autorités namibiennes trancheront ce dossier pourrait faire jurisprudence pour la gestion future des appels d’offres aéroportuaires sur le continent.

