Argentine : Ethiopian Airlines obtient des droits de cabotage pour ses opérations cargo

L’Argentine a autorisé Ethiopian Airlines à exploiter des services réguliers de fret aérien avec des droits de trafic allant jusqu’à la neuvième liberté de l’air, ouvrant juridiquement la possibilité d’effectuer des vols cargo domestiques. Publiée le 8 octobre 2026, cette décision s’inscrit dans le cadre de la politique argentine de ciel ouvert et de l’accord aérien conclu avec l’Éthiopie en janvier 2025. Elle pourrait élargir les possibilités commerciales du transporteur africain, même si aucune liaison intérieure spécifique n’a encore été annoncée.

Une autorisation qui élargit les possibilités d’exploitation

La décision repose sur la Disposition 26/2026 du ministère argentin de l’Économie, signée le 5 octobre et publiée au Bulletin officiel le 8 octobre 2026. Elle autorise Ethiopian Airlines Group à exploiter des services réguliers internationaux exclusivement dédiés au fret, avec des droits de trafic allant de la troisième à la neuvième liberté de l’air.

Ce cadre permet à la compagnie d’envisager différentes configurations commerciales : transporter des marchandises entre l’Éthiopie et l’Argentine, desservir des marchés tiers et, sous certaines conditions, acheminer du fret entre deux points du territoire argentin.

La neuvième liberté constitue le volet le plus notable de cette autorisation. Elle permet à une compagnie étrangère d’exploiter un service intérieur autonome dans un autre pays, sans obligation de relier ce trafic à son pays d’origine.

Il convient néanmoins de distinguer le droit accordé de son utilisation effective. L’autorisation réglementaire ne signifie pas qu’Ethiopian Airlines lancera automatiquement un réseau cargo domestique en Argentine. La compagnie devra prendre ses décisions commerciales et satisfaire aux exigences opérationnelles applicables.

Un premier développement cargo attendu sur la liaison internationale

Ethiopian Airlines exploite déjà une liaison passagers reliant Addis-Abeba à Buenos Aires via Lagos et São Paulo, à raison de sept fréquences hebdomadaires.

Selon les autorités argentines, la compagnie prévoit de lancer, à compter du 31 octobre 2026, un service hebdomadaire exclusivement consacré au fret sur ce même itinéraire. Cette opération doit permettre de renforcer les capacités de transport de marchandises entre l’Argentine, l’Afrique et d’autres marchés internationaux.

Le dispositif pourrait offrir à Ethiopian Airlines une plus grande souplesse dans l’organisation de ses flux cargo et dans l’utilisation des droits de trafic accordés. Il pourrait également faciliter l’acheminement de marchandises entre plusieurs marchés reliés par son réseau.

À ce stade, toutefois, le service hebdomadaire annoncé constitue le projet opérationnel identifié par les autorités. Aucun programme détaillé de vols cargo intérieurs en Argentine n’a été annoncé.

Un accord bilatéral au service de l’ouverture du marché

Cette autorisation met en œuvre le mémorandum d’entente aérien signé entre l’Argentine et l’Éthiopie le 16 janvier 2025.

L’accord prévoit un régime de fréquences non limitées, un élargissement des routes accessibles aux compagnies des deux pays et des droits de trafic pouvant aller jusqu’à la neuvième liberté. Il prévoit également la possibilité de conclure des accords de partage de codes avec des transporteurs d’autres États.

Pour Buenos Aires, l’objectif est d’accroître la concurrence, d’élargir l’offre de transport aérien et de renforcer la connectivité internationale. Pour Addis-Abeba, ce cadre offre des possibilités supplémentaires de développement commercial pour son transporteur national.

L’application de cet accord au fret est particulièrement importante, car les activités cargo répondent à des logiques différentes de celles du transport de passagers. Elles reposent notamment sur la demande des chargeurs, la disponibilité des capacités, les coûts logistiques et la fiabilité des chaînes d’approvisionnement.

Quels enjeux économiques pour Ethiopian Airlines ?

Pour Ethiopian Airlines, l’accès à des droits de trafic étendus peut ouvrir des perspectives commerciales au-delà du transport traditionnel entre son pays d’origine et ses destinations internationales.

La possibilité de transporter du fret entre des pays tiers ou, sous réserve des conditions applicables, entre deux villes argentines pourrait offrir une flexibilité supplémentaire dans la planification des opérations. La rentabilité dépendra cependant du volume de marchandises disponible, des coûts d’exploitation et de la capacité à obtenir des contrats commerciaux suffisamment solides.

Cette évolution intervient également dans un contexte d’expansion des activités cargo du transporteur éthiopien. Le 30 septembre 2026, Ethiopian Airlines a annoncé un accord portant sur l’acquisition de dix avions cargo Boeing, assorti d’une option pour huit appareils supplémentaires. Cette commande témoigne de ses ambitions dans le fret, sans préjuger de l’utilisation qui sera faite de ces avions sur le marché argentin. 

Pour les entreprises exportatrices, les transitaires et les opérateurs logistiques, l’arrivée de capacités supplémentaires pourrait élargir les solutions disponibles pour acheminer des marchandises. Les bénéfices réels dépendront néanmoins des destinations effectivement desservies, des fréquences proposées et des tarifs pratiqués.

Un précédent à suivre pour la libéralisation du fret aérien

La décision argentine illustre une application concrète des droits de trafic étendus dans le cadre d’accords bilatéraux. Elle montre comment une autorisation réglementaire peut permettre à un transporteur étranger d’explorer de nouveaux marchés, tout en laissant à celui-ci la responsabilité de déterminer les opérations commercialement viables.

Pour les acteurs africains du transport aérien, le dossier présente un intérêt particulier : l’accès à des droits de trafic plus larges peut contribuer à développer les réseaux cargo internationaux et à améliorer les connexions entre les marchés africains et les autres régions du monde.

Toutefois, les perspectives dépendront de la mise en œuvre effective des droits accordés, de la demande commerciale et des conditions opérationnelles sur les marchés concernés.

La prochaine étape sera celle de l’exécution commerciale. Le lancement du service cargo hebdomadaire annoncé, puis l’éventuelle utilisation des droits de cabotage, permettront de déterminer si cette ouverture réglementaire se traduit par de nouveaux flux de marchandises et des opportunités économiques durables.